Ma méthode d'éducation


Sommaire Méthodes


Se former

Questions brûlantes et polémiques...

Nouveau... De qui se moque Monty Roberts ?

La tape sur le nez : violence inutile ou acte éducatif ?

Un cheval qui suit l'homme en liberté : magie, amour ou éducation ?

Jusqu'à quel âge peut-il apprendre ?

Comment soigner les problèmes d'embarquement ?

Le sucre rend-il mordeur?

Comment lui faire accepter le contact du mors ?

Débourrage en une heure : est-ce bien réaliste ?

La douceur, est-ce toujours possible ?

(à venir ) La castration, oui ou non ? 

 

 

 

 

De qui se moque Monty Roberts ?

Monty Roberts bénéficie en France d'une excellente réputation, mais qu'en est-il en pratique ? Déjà déçue par ses K7 de débourrage, je me suis intéressée à ses nouvelles productions vidéo, intitulées « fix-up 1, 2 et 3 », et annonçant qu’elle permettaient de régler divers problèmes de comportement. J’ai choisi la n°1, sur le franchissement de l’eau, qui m’intéressait particulièrement, et qui comportait pour le le même prix le « cheval qui ne veut pas qu’on lui rase les oreilles », et le « cheval qui tire au renard ». Le rapport logique entre ces 3 aspects m’échappant, j’étais très impatiente de savoir ce que Monty Roberts avait à offrir en plus du Join-up®, qui lui a valu sa réputation de Nouveau Maître, ou de Chuchoteur…

Les point positifs, d’abord. Des images tournées avec professionnalisme, une progression bien visible, un Monty Roberts qui s’exprime bien, en articulant parfaitement, ce qui permet de comprendre facilement son anglais. Une durée de K7 généreuse, largement plus d’une heure. Enfin, pour les sentimentaux, la présence de Shy Boy, gras comme un coing, que Monty Roberts fait intervenir à chaque conclusion de sujet, comme une sorte de garantie (genre « vu et approuvé par le mustang vedette ! »).

A part ça, cette K7 est une déception :

-         Des problèmes créés de toute pièces : c’est en commençant par mal s’y prendre exprès que Monty Roberts crée une situation de refus qu’il devra traiter longuement ensuite. Il ferait mieux de montrer comment s’y prendre correctement dès le début.

-         Manque de respect des chevaux (pas en paroles, mais en actes) : Le licol spécial, très sévère, est manié de manière agressive, au point de provoquer des défenses. La force et la contention sont largement utilisées pour régler, assez superficiellement, les problèmes.

-         Flagrantes erreurs de procédures : non seulement les techniques utilisées n’ont rien de révolutionnaire, mais elles sont appliquées avec une certaine maladresse. Interrompre une stimulation au moment précis où le cheval se défend, ce n’est pas digne d'un "maître"…

1/ Le gué

 Un jeune quarter horse n’ayant jamais traversé l’eau est présenté devant un gué boueux, monté (le cheval, pas le gué) par un aide de Monty Roberts. Le pauvre animal est poussé avec constance, sans lui laisser le temps de réfléchir, ni la possibilité de baisser le nez vers l’eau, alors qu’il donne tous les signes de bonne volonté indiquant qu’il accepterait volontiers d’examiner la question. Il tergiverse un peu mais avance quand même progressivement vers le gué, malgré les erreurs de procédure flagrantes dont il est victime. Il apparaît clairement qu’un cavalier avisé sachant prendre son temps pourrait le faire entrer dans le gué en cinq à dix minutes d’approche tranquille…

Mais Monty Roberts, considérant qu’il nous a bien démontré à quel point son cobaye redoute l’eau,  lui propose autre chose. Pour commencer, des séances de « schooling » en manège, à l’aide d’un licol visiblement  violent, de marque déposée, utilisé sans modération pour le faire avancer ou reculer (ce qui constitue par ailleurs d’excellents exercices, si l’on prend le temps de la douceur). On voit le cheval lever désespérément et brusquement l’encolure à chaque traction, accusant la soudaine compression de son nez par un système de corde coulissante. Pendant qu’il lui fait subir ce traitement, Monty Roberts se vante de sa douceur : inconscient ou menteur ? Ensuite, un assistant à cheval vient poursuivre la séance. Et l’on peut voir à un moment le pauvre animal se cabrer et se défendre, tant il hésite et s’inquiète de ce qu’il doit faire pour calmer ses bourreaux… Charmant programme à proposer au cavalier qui voudrait franchir un gué en sécurité (à supposer qu’il possède un 2ème cheval, pilotable d’une main, pour ouvrir la voie…).

La suite est classique dans sa progression : on propose au jeunot de suivre son maître d’école sur une bâche progressivement dépliée, puis des gués de plus en plus profond. Le hic, c’est que le premier cheval, pourtant annoncé comme le maître d’école maison, a peur, et qu’il commence par donner un bien mauvais exemple à l’élève. A aucun moment on ne permet ni à l’un ni à l’autre de baisser le nez suffisamment pour flairer la bâche, la boue, ou l’eau (le jeune quarter aura juste le droit de boire un peu à la toute fin). La puissance de traction du licol coulissant est mainte fois utilisée. Le conducteur se retrouve écartelé entre son cheval qui précipite et l’autre qui bloque, puis cède à la douleur… Le jeune, effrayé, ne manque pas de marcher à plusieurs reprise sur les glomes de son congénère, ce qui, chacun le sait, peut provoquer de douloureuses blessures…

Bien sûr, après toutes ces séances préparatoires, tout le monde finit par entrer dans l’eau, bien gentiment, et Shy Boy aussi. Mais l’équitation n’en sort pas grandie.

2/ La tondeuse

Le sujet proposé ici est un cheval demi-lourd supposé ne pas supporter qu’on lui tonde les oreilles. La scène d’entrée montre deux individus aux visages pixellisés qui cherchent à lui tondre l’intérieur des oreilles sans précautions particulières. Je ne sais pas comment vous réagiriez à sa place, mais lui, il tient à ses poils : il proteste, bouge et secoue la tête (mais rien de dramatique). Alors ses « tortionnaires » lui passent le tord-nez, sur lequel la caméra s’attarde en  gros plan, mais ils n’arrivent toujours pas à leurs fins. Pendant ce temps, Monty Roberts commente la scène en s’indignant de la violence du procédé… Sauf que les images n’ont pas l’air d’avoir été volées, et qu’on est quand même tenté de croire qu’il en a lui même décidé la mise en scène pour les besoins de la démonstration… Drôle de respect du cheval, quand même !

Certes, on n’attend pas forcément de Monty Roberts qu’il  travaille des chevaux ultra-difficiles à la manière de Pat Parelli ou John Lyons, mais la K7 s’appelle quand même « fix-up »… Or plutôt que de réparer des problèmes installés, on dirait bien ici qu’ils sont d’abord créés de toutes pièces, en commençant délibérément par s’y prendre mal…

On ne comprend d’ailleurs pas très bien pourquoi il faut tondre à tout prix ces pauvres oreilles, alors que le grand Monty ferait bien de s’inquiéter d’abord de l’état de ses sabots qui sont longs comme un jour sans grain. Mais ce doit être pour une autre K7, car pour le moment, le chuchoteur préfère se vanter de ce que cet animal est encore bien sauvage - regardez comme il refuse bien de donner les pieds... L’essai sera tenté en effet, devant et derrière, à plusieurs reprises par Monty et son aide, et en effet l’animal ne veut pas qu’on y touche, et se défend. Et l’on peut voir les supposés chuchoteurs commettre de monumentales erreurs de procédure, puisqu’ils se désintéressent du pied demandé dès que le cheval s’est « correctement » défendu, ce qui ancre évidemment profondément la procédure de défense..  Ce cheval devrait donc constituer un bon sujet pour la K7 suivante consacrée aux travaux de maréchalerie… Sera-ce lui l’élu ?

 

Mais passons maintenant aux choses sérieuses… Amené au manège, le cheval subit d’abord ( ?) une séance de licol spécial, avancer, reculer, puis on vérifie qu’il refuse toujours d’être tondu dans l’oreille, et, surprise, on l’envoie sous la douche. Et là, tenez-vous bien,  c’est armé d’un séchoir électrique branché que Monty cherche à s’approcher du pauvre animal tout mouillé. Celui-ci, visiblement alerté du risque d’électrocution, cherche à se défiler, mais un aide le tien à l’aide du terrible licol, et il ne pourra jamais aller bien loin. Mais il se sera quand même suffisamment défendu pour qu’on doute de la validité de conseiller cette méthode (si tant est qu’il y ait de la méthode ici) au cavalier lambda. Il semblerait que le but est de lui faire apprécier la chaleur de l’air chaud sur son corps refroidi.

Je passe sur d’autres erreurs de procédure (arrêt de la tondeuse au moment d’une défense, par exemple).

Au bout de plusieurs séances, dont certaines ne sont pas filmées, les oreilles finissent quand même par se rendre. Monty Roberts est très fier de calculer qu’il n’en a eu que pour deux ou trois jours, et semble ne pas remarquer que le reste du corps est encore très sauvage, que le cheval n’est pas terriblement relaxé, et qu’il lève encore volontiers la tête.  Déjà Shy Boy arrive dans le manège pour montrer à quel point il se laisse bien toucher les oreilles…

 

3/ Le tireur au renard

Point de méthode éducative ici, mais une sorte de télé-achat. Un cheval est laissé attaché dans une sorte d’enclos métallique en demi-cercle, à une longe extensible. Le son de la scène est coupé, mais visiblement, quelqu’un doit jouer avec des pétards pas loin, parce que la pauvre bête s’agite dans tous les sens et finit par tirer un peu sur l’élastique. Impossible de savoir s’il s’agit d’un vrai tireur au renard : ses essais vers l’arrière semble dus à la peur, et non à une mauvaise habitude, et on la voit céder immédiatement vers l’avant quand elle sent la traction. Impossible de savoir si c’est dû à l’effet bénéfique de l’élastique ou pas…

Ensuite, Monty Roberts vient décrire la qualité de fabrication de la longe, et voilà. Quant à savoir comment emporter cet enclos en randonnée pour attacher le cheval à l’étape…

 

Peut-être il y a ds les K7 fix up 2 et fix up 3 des conseils sages et avisés, mais je commence à trouver que ça fait beaucoup d’argent pour bien des déceptions.

Bien sûr, Monty Roberts a compris un point fondamental : si le cheval ne se défend pas d’abord, les « gens » ne seront pas convaincus qu’il y avait un problème. Or une méthode vraiment douce et raisonnable devrait le plus possible contourner les défenses, en préparant si bien le cheval qu’il acceptera toutes les nouveautés sans piper. C’est l’idéal, mais ce n’est sûrement pas très vendeur !


 

 La tape sur le nez : violence inutile ou acte éducatif ?

C'est l'une des questions les plus brûlantes parmi les amis des chevaux... Rares sont les cavaliers -ou propriétaires d'ânes - qui restent neutres à ce sujet. J'en connais qui préféraient être suppliciés plutôt que de lever la main contre leur animal !  Mais peut-être devraient-ils y réfléchir un peu... Et si la tape sur le nez n'était qu'un moindre mal ? Quelques éléments pour y réfléchir...* 

Valeur symbolique. De tous les gestes agressifs que nous pouvons faire à l'encontre du cheval (de l'âne), la tape sur le nez est pour nous le plus chargé en signification. Dans notre enfance, la gifle a été synonyme de rejet, d'humiliation, mais aussi en retour, de ressentiment contre le proche qui nous l'infligeait. En lui donnant une tape sur le nez, nous nous plaçons non en ami mais en parent grondeur, un statut que nous n'acceptons pas forcément d'endosser... D'autant que nous craignons, suite à ce geste terrible, de perdre son affection.

Hyperréactivité. Il faut dire qu'en face de nous, les équidés font ce qu'il faut pour que le public présent crie à l'agression odieuse. Lorsqu'ils reçoivent une tape sur le nez, même toute petite, ils lèvent instantanément la tête au plafond**. En fait, ce n'est pas de la simulation, mais une mesure naturelle de protection : sur la tête sont installés tous leurs accessoires les plus précieux : des yeux, des oreilles, des naseaux (si utiles pour respirer), des poils tactiles, etc. Lorsqu'un cheval se fait surprendre par une tapette, ou tout autre type de secousse imprévue, il se hâte de mettre ses trésors hors de portée, s'abandonnant sans réfléchir à son premier réflexe de fuite. Un réflexe susceptible de le sauver, du temps où les fauves le guettaient, puisque sa tête, c'est aussi son balancier, et qu'il a besoin d'en disposer pour prendre efficacement ses jambes à son cou... 

Douleur ?   Ainsi, la force de cette réaction provient davantage de l'effet de surprise que d'une douleur véritable : mieux vaut prévenir que guérir, la proie préfère s'enfuir avant d'être blessée!... Il suffit en effet d'une très petite tape pour obtenir une réaction notable du cheval, une tape qu'un humain pourrait supporter sans rougir, et dont il oublierait la chaleur en 3 secondes (que mes nombreux ennemis se réjouissent, je suis en train de me gifler consciencieusement la joue droite, pour m'assurer que je décris précisément la sensation).  Les chevaux qui se chassent mutuellement les mouches se balancent des coups de queue autrement plus douloureux (tendez leur la joue gauche, pour voir). Mais comme ils  sont là pour ça, vous pensez bien qu'ils ne relèvent pas la tête à chaque fois, et qu'ils se laissent gifler béatement par leur partenaire! 

Violences visibles, violences invisibles... A partir du moment où nous prétendons imposer notre volonté à un animal, il va y avoir des moments de désaccord qui déboucheront pour lui sur un désagrément physique : contrainte, contention, traction, piques, tapes... Pour l'homme, il est difficile de se rendre compte de ce que ressent sa "victime" : il se fie à ses réactions. Si ça réagit beaucoup, c'est que ça doit faire mal. Sinon, c'est sans doute que c'est supportable... 
Erreur ! Les plus grandes douleurs sont parfois muettes. Par exemple l'éperon est beaucoup plus silencieux et discret que la cravache et ne suscite guère que des fouaillements de queue ou des contractions. Mais on voit des chevaux de corrida (les blancs, surtout !) dont les flancs sont striés de rouge, et des chevaux de dressage avec de vilains hématomes...
Le plus triste, c'est que parfois, l'homme fait souffrir son compagnon avec les meilleures intentions du monde, par inconscience. Par exemple, bien des propriétaires d'ânes (qui refusent absolument l'idée de donner une tape) se retrouvent occupés à tirer constamment sur le licol, pour retenir leur animal qui dépasse, l'empêcher de brouter, ou le faire marcher. A cette traction, l'âne oppose une résistance passive : il tire de son côté, s'arc-boute, résiste, avec une telle placidité qu'on n'éprouve évidemment jamais l'impression de lui faire violence. Pourtant  il ne faudrait pas longtemps pour qu'un tel abus de licol use le poil, ou même qu'il commence à entamer la chair de la pauvre bête. Une ou deux petites tapes, données à des moments-clés, auraient pu empêcher cette triste escalade, et enseigner à l'âne à marcher sans tirer ni tendre la corde.
Si vous avez mal aux mains ou aux bras quand vous tenez une corde, une longe ou des rênes, pensez que très probablement  votre animal souffre aussi. "Mais s'il souffre, pourquoi tire-t-il, cet imbécile ? " Pas un imbécile, une bête, simplement une bête, qui tire comme une bête... Qui s'appuie sur la douleur, comme on dit... sans faire de vague ni de bruit...
...Ainsi se résument quelques-unes des raisons qui font que parfois, quand les gestes d'avertissement ne font plus d'effet, on peut peut-être, avec précaution et justice, envisager une petite tape sur le nez. Car de toute la gamme de sensations tactiles désagréables qu'on peut infliger à son cheval ou son âne, elle est l'une des plus déontologiques : douleur très légère, impact psychologique maximal ! 

Mais en aucun cas bien sûr, la tape ne doit être considérée comme un "moyen normal" : si on doit y recourir de façon régulière, si on ne peut pas compter sur les doigts d'une seule main celles qu'on a données à son cheval (ou son âne) dans les douze derniers mois, c'est qu'on commet une erreur éducative quelque part : manque de vigilance sur les règlements, les contrats, utilisation de la tape dans des cas où elle  est mal comprise ou mal adaptée...  Après chaque tape, il faudrait se demander si elle a été vraiment efficace, s'il n'y avait pas un meilleur moyen d'expliquer les choses à l'animal. Et l'on pourra ainsi progresser vers la douceur sans rien lâcher sur l'éducation ! Car la douleur et les mauvaises surprises ne sont jamais de bonnes solutions pour qui cherche le partenariat avec un cheval et espère son amitié.

 

---------------------------------------------------------------------------

* ( Moi non plus, je n'aime pas qu'on fasse souffrir les chevaux ou les ânes, faut-il le préciser? )

**A noter qu'un cheval sensible aura cette réaction de protection en réponse à un simple geste, sans qu'il soit nécessaire de le toucher.

 

Anne (15) :  

"Dans le travail des chuchoteurs, j'ai été très impressionnée de voir des chevaux (parfois sauvages) se mettre à suivre l'homme librement au bout de quelques minutes de travail dans le rond. Est-ce le signe d'une vraie amitié ?"

Suivre en liberté: magie, amour ou éducation ?

VSV : C'est vrai que la première fois qu'on est témoin de cette scène, il y a de quoi être impressionné. Voir un cheval suivre l'homme comme un toutou, c'est inhabituel, et on a tendance à penser que c'est le signe d'une confiance totale et de relations particulièrement fortes.


Mais il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Comme tout le monde, j'ai été bluffée par cette technique au début, et il m'a fallu des années pour me forger une opinion, et comprendre pourquoi j'éprouvais un certain malaise devant son apparente facilité. Après avoir vu un grand nombre de personnes la pratiquer de différentes façons, et avoir testé des versions "soft" avec des jeunes chevaux plus ou moins sauvages, voici ce que j'en pense (en l'état actuel de mes connaissances).

Il y a en fait deux éléments distincts dans ce travail :

- D'un côté une logique (valide!), qui consiste à donner le choix au cheval entre se laisser chasser, ou venir à l'homme pour se reposer. Pour arriver au but avec facilité, il faut à la fois observer très finement l'animal pour repérer ses propositions, et pratiquer un langage gestuel d'appel le plus clair possible. Cette logique peut très bien fonctionner à allure lente (au pas, et éventuellement au petit trot si le cheval en prend l'initiative). On peut faciliter la compréhension du cheval en utilisant des codes vocaux..
 

- De l'autre un niveau de pression, (trop élevé dans la plupart des cas, et c'est là que le bât blesse). Selon la façon dont on met le cheval en mouvement, le type de gestes et de renforcements qu'on utilise, l'animal va prendre plus ou moins de vitesse, et bouger avec plus ou moins de brusquerie et d'inquiétude. C'est là que cette méthode donne des résultats apparemment spectaculaires, mais c'est aussi dans ce cas qu'elle le met en difficulté. Qu'on lui impose un trot actif , du galop, des départs et des arrêts brusques, ou des demi-tours vers l'extérieur, le niveau d'émotion du cheval s'élève alors fortement. Lorsqu'enfin il trouve la solution et que les pressions s'arrêtent, il semble s'apaiser, se lèche les lèvres, baisse la tête. En fait, il est "sonné", sous le contrecoup de ce qu'il vient de subir. C'est grâce à ce tour de passe-passe que le travail dans le rond (ou toute autre forme de "flooding" provoquant des mouvements de fuite rapides (reculer, cabrer, déplacements latéraux précipités...)) transforme des chevaux belliqueux ou craintifs en moutons prêts à subir tout et n'importe quoi.. C'est un état provisoire, pendant lequel le cheval peut avoir l'air d'accepter des choses difficiles (être débourré, embarquer, supporter un vaporisateur), autant d'apprentissages apparents qui risquent de ne pas être durables. Certains scientifiques parlent de "résignation acquise", un état de renoncement qui atteint profondément son moral, mais aussi  ses capacités de raisonnement, et qui fragilise son physique sur le long terme, surtout s'il est répété régulièrement
 

Lorsqu'elle est correctement pratiquée (c'est à dire au pas, ou au petit trot, avec des changements de main lents),cette technique comporte cependant d'indéniables avantages :

  • L'éducateur prend le contrôle du cheval, puisqu'il décide de sa vitesse et de ses changements de direction. C'est un point de départ notable, surtout avec un sauvage qui n'a jamais travaillé, ou un révolté qui n'accepte plus l'autorité humaine.
  • Même si c'est un point contesté par les éthologues scientifiques (autant que je sache, il n'y a pas d'étude sur le sujet, ni dans un sens, ni dans l'autre, mais si vous en connaissez une, ça m'intéresse), le fait de faire bouger le cheval est une sorte d'imitation des rapports hiérarchiques du troupeau (hiérarchie également contestés par certains scientifiques). Ce faisant, l'éducateur se comporte comme une sorte de congénère, ce qui semble le rendre digne d'intérêt et de respect.
  • L'attention du cheval est captée progressivement, d'abord parce qu'il constate que l'homme le contrôle, ensuite parce que tous ses signes d'intérêt, tous ses essais de rapprochement sont récompensés par du repos.
  • Le cheval apprend à venir à l'homme, et l'on peut ensuite reproduire le même travail au pré si nécessaire.

Mais réussir ce travail en douceur suppose une vraie compétence. Plus le langage gestuel de l'éducateur est maladroit, moins il est habile à repérer les signes donnés par son cheval, plus il va avoir besoin de le faire bouger fort et/ou tourner longtemps... C'est donc une technique à prendre avec des pincettes, et si l'on en a vraiment besoin ( cheval difficile à attraper au pré), à faire précéder d'un solide travail en main préparatoire (décrite dans mon livre "Quand le cheval a peur").

J. B. (34) : "On me prête un cheval pie de 17 ans qui a pas mal de mauvaises habitudes. Peut-on encore y remédier?"

 

Âge et apprentissage

VSV : L'âge n'a aucune importance : le cheval est un élève très facile qui ne demande qu'à apprendre, à partir du moment où son nouveau comportement peut lui apporter plus de confort. J'ai été amenée à débourrer des juments de réforme de 13 et 14 ans, sans aucun problème. Elles étaient juste plus indépendantes et plus assurées que de jeunes chevaux sans expérience. Il m'arrive régulièrement d'enseigner à de vieux chevaux à marcher rênes longues, ou à tenir leurs distances en main, sans que leur âge soit un handicap.

Ce qui risque surtout de gêner l'apprentissage, c'est quand le cheval a été amené à fréquenter des humains mal assurés ou velléitaires, qui ont tendance à renoncer à une demande, chaque fois que leur monture l'ignore, résiste ou se défend. Ainsi formé, même un poulain de 3 ans peut se montrer un élève difficile. Il faut alors lui réapprendre à collaborer, en multipliant d'abord les petites demandes très faciles, et bien récompensées, pour lui réapprendre à "dire oui".

 

Françoise (01) : "Ma jument Initiale embarque de moins en moins bien. Elle se met à se cabrer, à reculer violemment..."

 

Embarquement difficile

VSV : Il existe une technique de rééducation très connue aux Etats-Unis, et que savent pratiquer en France les enseignants formés à la méthode Parelli, à celle du haras de la Cense ou de John Lyons (Elisabeth de Corbigny). La méthode comporte plusieurs points :

Faire travailler le cheval en main d'abord loin du van, en insistant sur le respect et les distances. Chaque fois qu'on s'approchera un peu plus du van, on accordera un temps de repos... Au final, le cheval voudra rester à l'intérieur du van pour se reposer !

Mettre en place une aide tactile impulsive (= qui réclame le mouvement en avant) : par exemple un tapotement de gaule sur le poitrail, la hanche, ou le garrot. On tapote ce point jusqu'à ce que le cheval esquisse un embryon de mouvement en avant. S'il reste immobile, ou qu'il recule (ce qui ne manquera pas d'arriver devant le van), on continue à le tapoter tranquillement, jusqu'à ce qu'il reparte vers l'avant.

Une fois que le cheval travaille correctement en main sans bousculer, et qu'il répond bien à l'aide impulsive, on commence à  pointer la direction du van. Chaque fois qu'il fait le petit pas en avant demandé, on lui donne un temps de repos. S'il s'échappe et recule, on maintient la demande impulsive (tapotement), jusqu'à ce qu'il esquisse un mouvement vers l'avant. Attention, même s'il a reculé 10 mètres, il faut se contenter de 5 cm vers l'avant... 

Chaque fois qu'on a gagné un peu de terrain, ne pas hésiter à s'éloigner du van, puis à recommencer l'approche. C'est le système par avance et retrait. On évite ainsi de trop faire monter la pression. De même quand il commence à mettre un pied sur le pont, ou à entrer la tête dans le van, ne pas hésiter à lui demander de reculer et de ressortir (s'il n'en a pas l'idée de lui-même). Ca donne l'occasion de recommencer la montée, la descente, et ces opérations se banalisent !

Cette approche peut durer 2 ou 3 heures, surtout si le cheval présentait de gros problèmes. L'avantage, c'est que le cheval se défend très peu, parce qu'on ne recourt ni à la coercition ni à la violence. Au bout du compte, il montera tout seul (sans être précédé), restera tranquille dans le van, et redescendra calmement, même avec son propriétaire, pour peu que celui-ci reproduise correctement les codes qui ont été utilisés.

Nous avons pratiqué cette technique avec Initiale. Durée de la séance, 2h environ. Elle a surtout résisté aux exercices en main, un peu menaçante, avec une certaine tendance à bousculer, puis l'approche du van s'est faite sans défense notable, si l'on excepte le grand nombre de marches arrière très prévisibles ! Elle a dès lors embarqué sans problème pendant environ un an. Changée de cadre, elle a commencé à montrer de nouveaux des réticences, qui ont rapidement empiré... Une courte séance de rappel avec cette méthode a heureusement  permis de rétablir le calme et la bonne volonté.

(Technique décrite en détail, avec ses variantes, dans mon livre "Quand le cheval a peur").

 

Marie (37) : "On dit qu'un cheval qui reçoit du sucre finit par mordre. N'est-ce pas dangereux de l'utiliser ?"

 

Sucre et morsures

  VSV : Le sucre ne rend jamais agressif un cheval qui ne l'est pas déjà, mais si la friandise est mal utilisée, elle peut effectivement l'inciter à fouiller les mains et les poches, et parfois à pincer un peu, croyant trouver des sucres là où il n'y a que des petits bouts de doigts indigestes. La solution, c'est de toujours dire "tiens" juste avant de donner le sucre. Ainsi s'établit une convention : tant qu'on n'a rien dit, il n'y a aucune friandise à attendre...
Si le cheval quémande malgré ce silence éloquent, ne pas hésiter à le repousser fermement. Et surtout, ne pas lui donner un sucre parce qu'il le réclame. Ce doit seulement être une récompense pour quelque chose que vous lui avez demandé."
 

 

  

Pierre (Suisse) : "Mon cheval de dressage se défend contre la main au pas. Il se tortille, résiste, etc."

Refus du contact 

VSV : Si cette résistance n'est pas due à un problème physique, c'est probablement qu'il faut lui expliquer mieux ce qu'on attend de lui. Quel que soit son âge (ce cheval trakhener est déjà au changement de pied !), ne pas hésiter à tout reprendre au début : demander moins longtemps, récompenser, puis augmenter tout doucement les exigences. Ici, par exemple, il faut partir d'un temps de pas rênes longues, ajuster celles-ci gentiment en guettant la moindre cession de nuque, et rendre les rênes instantanément dès qu'on l'a obtenue. Caresser, féliciter en laissant marcher, puis récupérer le contact, attendre la cession, rendre les rênes à nouveau. Recommencer jusqu'à ce que le cheval cède instantanément.

Dans un deuxième temps, on va pouvoir prolonger le contact : d'abord une seconde. Puis deux, puis trois... De fil en aiguille, on finira par obtenir un tour complet de manège (ou plus) au pas, sur la main, en toute décontraction.

Les nouvelles sont bonnes : en quelques séances de ce travail progressif, le cheval a compris ce qu'on attendait de lui, et accepté un gentil contact. Les temps de pas rênes longues ont contribué à le détendre et à le calmer. Le reste de son travail en a été transformé.

 

Luc (Bourges) : "On dit que les "chuchoteurs" peuvent débourrer les chevaux en une heure. Est-ce réaliste ?"

 

 

Débourrage express

C'est effectivement possible, si on appelle débourrage l'opération qui consiste à faire accepter au poulain une présence sur son dos. Ca l'est beaucoup moins si on considère le débourrage dans sa totalité, avec désensibilisation complète, apprentissage des aides, mise aux 3 allures et sécurisation.

Plus un éducateur est habile et psychologue, plus il peut obtenir de résultats dans un bref laps de temps. Mais attention, lorsqu'on accélère le processus,  on risque de brûler une étape essentielle, et de provoquer panique, défenses, mauvais souvenirs... Ou de passer par la résignation acquise (voir en haut de page, "le travail dans le rond"), avec des résultats à court terme et un cheval "sonné".  On a donc tout intérêt à diluer les apprentissages sur une très longue durée, à répéter et consolider chaque petit acquis avant d'avancer davantage...

A noter que certains aspects du débourrage se révèlent réellement incompressibles : 

  • Le traitement de la peur. Qu'on habitue le poulain à un nouvel environnement, ou à de nouvelles sensations tactiles, il faut du temps, et des répétitions même en s'y prenant avec habileté. C'est un gage de solidité des progrès.
  • La mécanisation : une fois qu'une demande est comprise, (phase souvent très rapide), il faut répéter la procédure jusqu'à ce que le poulain ait acquis un réflexe conditionné. 

    Aussi faut-il être particulièrement prudent lorsqu'on débourre un cheval craintif, stressé, ou qui a vécu à l'écart des stimulations. Rappelons les principaux signaux d'alerte qui doivent inciter à la plus grande prudence : tête tenue haute, encolure durcie, postérieurs engagés sous la masse.

     

    

Sylvie, Cluny :

Je voudrais travailler mon cheval en douceur, sans violence ni contrainte physique. Vers quel Nouveau Maître dois-je me tourner?

 

  La douceur, est-ce toujours possible ?

Aucun ! Il y a toujours un moment où l'éducateur va devoir exercer une "action concrète" sur le cheval, parce que celui-ci n'a pas forcément envie d'obéir, et qu'il faut lui montrer qu'on a des arguments. Ceux qui affirment le contraire mentent.

Ainsi, Monty Roberts jette un rouleau de corde aux fesses du cheval pour l'inciter à accélérer, quand celui-ci ne répond pas suffisamment aux pressions gestuelles. Ainsi Parelli recourt aux éperons, à un licol très fin (donc sévère), aux oscillations d'une grosse corde au lourd mousqueton, avec laquelle il décrit parfois des moulinets pour frapper l'épaule ou la croupe (et ça peut faire beaucoup plus mal qu'un toucher de cravache, essayez donc !). De son côté, Hempfling se sert d'une gaule, d'une chambrière, d'éperons, d'un mors de bride... Etc.

Tous les nouveaux Maîtres donc, comme leurs prédécesseurs, ont besoin d'outils efficaces. Comme les autres, ils doivent  pouvoir dire au cheval : "Réponds à ma demande (gestuelle, vocale, tactile...), sinon tu ressentiras quelque chose de désagréable." Bien sûr, au final, avec une monture bien mise, affinée, il leur est possible de faire des démonstrations convaincantes à nu. Mais pour l'éducation, comme tt le monde, ils se munissent d'outils efficaces.

Il est important de comprendre que "l'action concrète" n'a pas besoin d'être violente pour être efficace. Juste un peu désagréable, ça suffit. Ce qui compte, c'est d'agir à temps, après avoir clairement prévenu. Tel est le vrai secret de la douceur, et il n'est pas réservé aux Nouveaux Maîtres !

Ce qui est original dans la démarche de ceux-ci, et qui dégage une telle impression de douceur, c'est qu'au lieu d'imposer les actions au cheval, ils lui laissent le temps de prendre sa décision. Au lieu d'augmenter l'intensité du désagrément, ils en augmentent la durée. Cas le plus classique, le cheval qui ne vient pas librement à l'homme est invité à tourner autour du rond (=effort, fatigue), jusqu'à ce qu'il choisisse de venir se reposer près de l'homme. C'est doux, en apparence, mais moralement,  c'est très exigeant. Certes, on ne tape pas sur l'animal, mais on ne lui laisse qu'une seule issue... On obtient ainsi une forme de résignation qui ne peut complètement satisfaire un véritable ami des animaux...

La solution, pour celui qui cherche une relation la plus épanouissante possible pour sa monture, c'est de recourir aux récompenses, et aux félicitations vocales... Car seul un cheval motivé peut être manié avec une véritable douceur.

Voir à ce sujet les livres de Danièle Gossin et les articles Motiver son cheval et Savoir dire oui

 

Accueil